Genre et Transmission. Pour une autre archéologie du genre

Lauréat de l’appel à projet 2016 UPL (Université Paris Lumières), ce projet se décline en 3 axes distincts mais articulés autour d’une thématique structurante croisant le genre et la transmission :

I. Archives du genre, genre de l’archive
II. Genre, création artistique et matrimoine
III. L’Enfance du genre : développement du genre et éducation au genre

Réunissant des chercheur.e.s, enseignant.e.s chercheur.e.s, étudiant.e.s français et étrangers relevant de la COMUE Paris Lumières, ainsi que des archivistes et conservateur.e.s, membres des établissement associés de la COMUE, ce projet se donne pour objectif de poser la question des conditions et des formes d’une double transmission – celles des savoirs sur le genre et celle du genre lui-même – à partir d’une recherche et d’une réflexion interdisciplinaires sur la constitution et le traitement de l’archive aujourd’hui.

Le geste archéologique fonde et alimente à la fois la démarche critique et épistémologique des études de genre depuis l’ouverture de ce champ de recherche en Occident dans les années soixante-dix. « Continent noir » ou « femmes sans passé », comme le constataient (en le contestant) les militantes du MLF, les femmes étaient moins absentes de l’Histoire qu’absentes de son récit. C’est pourquoi le champ de recherche qui s’est d’abord ouvert au titre des études féministes ou féminines s’est très vite donné pour tâche de réunir, en luttant contre leur méconnaissance concertée, les éléments attestant des multiples formes de la présence et de l’action des femmes, dans toutes les sphères, privées ou publiques, de l’existence sociale. Pourtant, beaucoup reste à faire, et tout particulièrement là où l’enquête se heurte aux logiques patrimoniales qui commandent encore – dans certaines disciplines comme justement l’histoire littéraire, l’histoire de l’art, et l’histoire de l’éducation – le fonctionnement des institutions archivistiques, qu’il s’agisse de lieux de dépôt officiel d’archives de diverses natures, ou de lieux de formation, de conservation et de valorisation du patrimoine tels que les musées. Par son nom même, le terme de patrimoine nous invite à penser le processus de constitution et de transmission des biens matériels et symboliques comme un processus genré, sanctionné et normé par une autorité paternelle/patriarcale. Histoire littéraire et histoire de l’art sont encore aujourd’hui tributaires de logiques de légitimation, de recension et de détermination de la valeur esthétique dont le biais androcentré est manifeste. Quant aux institutions de conservation patrimoniale et archivistique, elles continuent d’obéir au moins en partie à la logique et à la symbolique de l’arkheion, qui a présidé à leur création. L’arkheion est d’abord la demeure des archontes, gardiens de la loi et détenteurs du pouvoir politique dans la cité grecque (l’arkhé signifiant à la fois le commencement, le principe, et le commandement, donc l’autorité et sa source). Les documents déposées dans l’arkheion sont des documents sanctionnés par le loi, conservés à ce titre, et dont la valeur est liée à leur consignation dans le lieu du commandement. L’institution archivistique, et plus largement patrimoniale, a donc bien à voir, dans son fondement, avec un exercice et une topologie du pouvoir qu’on peut qualifier à la fois de hiérarchisants et « patri-archiques ». Elle est l’un des lieux où se consolide la distinction du public et du privé comme distinction entre le légitime et le non-légitime, entre le digne de conservation et le promis à l’effacement ; l’un des lieux, par conséquent, où se joue et se banalise l’exclusion des femmes de la chaîne de la transmission.

Le projet présenté a donc vocation, non pas seulement à continuer le travail d’exhumation, de dépouillement et d’interprétation des traces perdues des femmes dans le creux ou le silence de l’histoire, mais à explorer de multiples manières – comme celles moins attendues de la (re-)création artistique ou à l’appui d’actions et d’expérimentations menées directement sur le terrain – cette logique institutionnelle et ce travail de l’archive, pour faire apparaître, et proposer, une autre archéologie du genre.

EQUIPE

Coordinatrices générales :

Anne Emmanuelle Berger, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis (LEGS)

Judith Revel, Université Paris Ouest Nanterre La Défense (Sofiapol)

Porteuses par axe :

1. Archives du genre, genre de l’archive :

  • Denise Ogilvie, Archives nationales, conservateure en chef, département Justice et Intérieur
  • Judith Revel, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, PR Philosophie (Sofiapol)
  • Isabelle Tournier, MCF littérature française, Paris 8 Vincennes Saint-Denis (EA 7322, Littérature, histoires, esthétique)

2. Genre, création artistique et matrimoine

  • Charlotte Foucher Zarmanian, CR CNRS, Histoire de l’art (LEGS)
  • Hélène Marquié, MCF HDR Paris 8 Vincennes Saint-Denis, arts et études de genre (LEGS)

3. L’enfance du genre

  • Cristina Ion, BNF, conservateure, chef du service Sciences sociales, direction des Collections de la BNF.
  • Vanessa Nurock, MCF Philosophie, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis (CRESPPA)