Le LEGS, première UMR interdisciplinaire dédiée aux études de genre et de sexualité

Créée en 2014 à l’initiative de l’INSHS, sur proposition de l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, et avec l’université Paris Nanterre, l’unité a entamé sa carrière institutionnelle au 1er janvier 2015.

Les études de genre ne sont pas une discipline mais un vaste champ de recherche. La question des constructions « genrées » et des rapports de sexe concerne d’une manière ou d’une autre l’ensemble des pratiques sociales et symboliques, publiques et privées, collectives et individuelles. Afficher plus

 

Actualités

Motion du LEGS votée le 23 février 2021

 
Le mardi 16 février, à l’Assemblée nationale, la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Frédérique Vidal confirmait ce qu’elle avait annoncé deux jours plus tôt sur la chaîne Cnews : le lancement d’une « enquête » sur l’ « islamogauchisme » et le postcolonialisme à l’université, enquête qu’elle déclarait vouloir confier au CNRS à travers l’Alliance Athéna. Les raisons invoquées : protéger « des » universitaires se disant «empêchés par d’autres de mener leurs recherches », séparer « ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève du militantisme et de l’opinion » ainsi que … « l’apparition au Capitole d’un drapeau confédéré ».
 
Si le propos manque de cohérence, l’intention est dévastatrice : il s’agit de diffamer une profession et, au-delà, toute une communauté, à laquelle, en tant qu’universitaire, Frédérique Vidal appartient pourtant et qu’il lui appartient, en tant que ministre, de protéger. L’attaque ne se limite d’ailleurs pas à disqualifier puisqu’elle fait planer la menace d’une répression intellectuelle. Comme dans la Hongrie d’Orban, le Brésil de Bolsonaro ou la Pologne de Duda, les études postcoloniales et décoloniales, les travaux portant sur les discriminations raciales, les études de genre et l’intersectionnalité sont précisément ciblés.
 
Personnels publics de l’enseignement supérieur et de la recherche, docteur·es et doctorant·es des universités, nous ne pouvons que déplorer l’indigence de Frédérique Vidal, ânonnant le répertoire de l’extrême-droite sur un « islamo-gauchisme » imaginaire, déjà invoqué en octobre 2020 par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer.  Mais, plus encore, nous nous insurgeons contre l’indignité de ce qu’il faut bien qualifier de chasse aux sorcières. La violence du projet redouble la lâcheté d’une ministre restée silencieuse sur la détresse des étudiant·es pendant la pandémie comme elle avait été sourde à nos interpellations sur une LPR massivement rejetée par tout·es celles et ceux qui font la recherche, y contribuent à un titre ou un autre. 
 
La crise économique et sociale la plus grave depuis 1945 assombrit l’avenir des jeunes adultes, l’anxiété face à la pandémie fissure la solidarité entre les générations, la pauvreté étudiante éclate aux yeux de tous·tes comme une question sociale majeure, les universités -lieux de vie et de savoirs – sont fermées. Mais pour Frédérique Vidal, le problème urgent de l’enseignement supérieur et de la recherche, celui qui nécessite de diligenter une « enquête » et d’inquiéter les chercheur·es, c’est la « gangrène » de l’« islamo-gauchisme » et du postcolonialisme. Amalgamant un slogan politique douteux et un champ de recherche internationalement reconnu, elle regrette l’impossibilité de « débats contradictoires ». Pourtant, et nous espérons que la ministre le sait, nos universités et nos laboratoires déploient de multiples instances collectives de production et de validation de la connaissance : c’est bien dans l’espace international du débat entre pair·es que la science s’élabore, dans les revues scientifiques, dans les colloques et les séminaires ouverts à tous·tes. Et ce sont les échos de ces débats publics qui résonnent dans les amphithéâtres, comme dans les laboratoires. 
 
Contrairement à ce qu’affirme Frédérique Vidal, les universitaires, les chercheur·es et les personnels d’appui et de soutien à la recherche n’empêchent pas leurs pair.es de faire leurs recherches. Ce qui entrave notre travail, c’est l’insincérité de la LPR, c’est le sous-financement chronique des universités, le manque de recrutements pérennes, la pauvreté endémique des laboratoires, le mépris des gouvernements successifs pour les activités d’enseignement, de recherche et d’appui et de soutien à la recherche, leur déconsidération pour les étudiant·es ; c’est l’irresponsabilité de la ministre. Les conséquences de cet abandon devraient lui faire honte : signe parmi d’autres, mais particulièrement blessant, en janvier dernier, l’Institut Pasteur a dû abandonner son principal projet de vaccin.
 
Frédérique Vidal se saisit du thème complotiste « islamo-gauchisme » et nous désigne coupables de pourrir l’université. Elle veut diligenter une enquête, menace de nous diviser et de nous punir, veut faire régner le soupçon et la peur, et bafouer nos libertés académiques. Nous estimons une telle ministre indigne de nous représenter et nous demandons, avec force, sa démission.

Pour signer, c’est ici

Soutenance de la thèse d’Anne-Cécile Caseau

Le genre de la « question rom ». Migrantes roumaines en France, de la vulnérabilité sociale à la constitution de sujets politiques.

Le lundi 14 décembre 2020 à 14h. 

Jury

Nicoleta Bitu, chercheure indépendante (examinatrice)
Agnès Deboulet, professeure des universités, Université Paris 8 (examinatrice)
Milena Doytcheva, maîtresse de conférence HDR, Université de Lille (rapporteure)
Éric Fassin, professeur des universités, Université Paris 8 (directeur de thèse)
Adelina Miranda, professeure des universités, Université de Poitiers (rapporteure)
Tommaso Vitale, professeur associé, IEP de Paris (examinateur

Résumé de la thèse

Cette thèse porte sur les expériences genrées de la mobilité précaire chez des femmes roms qui migrent de la Roumanie vers la France. Ce travail s’appuie sur une enquête ethnographique menée pendant neuf mois dans deux bidonvilles de la Seine-Saint-Denis, ainsi que sur des enquêtes au sein de deux associations (accompagnement social et programme de service civique pour les jeunes habitant·es de bidonvilles et squats). Des entretiens formels et informels, notamment avec des militant·es roms et pro-roms en France et en Roumanie, viennent compléter ces enquêtes, de même qu’un ensemble d’observations d’événements militants et associatifs auxquels les Roms vivant en Ile-de-France sont convié·es.

Lire la suite

Motion de l’AG du LEGS du 16 novembre 2020

Notre collègue Éric Fassin, professeur de sociologie à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis dans les départements de science politique et d’études de genre et membre du LEGS, a été victime sur les réseaux sociaux de menaces de mort, en raison de ses travaux et de ses engagements sur le genre, la race, et les minorités.

Alors que c’est en tant que chercheur qu’il est attaqué, le LEGS tient à lui exprimer sa solidarité la plus vive. Il importe qu’Éric Fassin puisse poursuivre ses recherches et ses engagements sans être inquiété, et dans le respect intégral des libertés académiques : à travers lui, c’est nous toutes et tous qui sommes touché·e·s.
Ces violences nous alarment d’autant plus qu’elles résonnent avec les offensives contre les approches intersectionnelles, régulièrement menées par des réseaux militants, mais récemment relayées par les plus hautes instances de l’État. Attaché à l’indépendance intellectuelle ainsi qu’à la tenue de débats scientifiques apaisés, le LEGS est un lieu de recherche sur l’intersectionnalité des rapports sociaux, d’un point de vue théorique aussi bien qu’empirique. Par nos travaux, et dans un dialogue continu avec l’ensemble de la communauté scientifique, nous continuerons à résister à ces formes d’intimidation, qui mettent en danger, d’un même geste, la recherche et la démocratie.