Pannes et réparations

Pannes et réparations

 

Le nez dans le guidon

À un moment où nous sommes plus que jamais isolé.e.s dans nos travaux de recherche et amené.e.s à inventer de nouvelles façons de fonctionner malgré tout et de faire ensemble, nous souhaitons ouvrir un atelier pour dépasser l’angoisse du bricolage confiné. À partir de nos expériences de pannes, nous échangerons astuces et ruses, outils et techniques réparatrices dans le cadre d’ateliers aux dynamiques et formes variées: pratiques d’écriture, lectures, présentations, visionnages, écoutes, rencontres, etc. Chaque séance, ouverte à la panne, devra accueillir aussi la réparation. Côté panne : épuisement, accident, déni, surchauffe, saturation, paralysie… Côté réparation : amour, rire, entraide, recyclage, plasticité… 

L’atelier Pannes & Réparations, porté par trois chercheures du Centre Norbert Elias (UMR 8562) et du Laboratoire d’Études sur le Genre et la Sexualité (UMR 8238), se déroulera alternativement à Marseille (Centre de la Vieille Charité) ou à Paris (Campus Condorcet), à la fois en présentiel (dans le respect des normes sanitaires) et en mode hybride. Les séances pourront être animées par une ou plusieurs personnes, au gré des pannes constatées et des réparations possibles.

Programme 

Séance 1 · La vulnérabilité comme matière à penser

8-10 novembre 2021

Séance spéciale à l’occasion des Ateliers du LEGS, « À l’arrêt » (Porquerolles)

La vulnérabilité comme posture peu assurée, éprouvée et parfois éprouvante – opposée à l’écueil de la certitude scientifique et de la neutralité axiologique – est souvent perçue en négatif, comme un frein à l’élaboration et au déroulement du travail. À rebours de ces limitations, nous souhaitons ouvrir la réflexion en posant la vulnérabilité comme une posture de capacitation. Bien sûr, nous ne considérons pas qu’il vaille mieux vivre des situations qui nous rendent vulnérables. La précarité, les violences sociales, morales et physiques sont des phénomènes qu’il faut absolument combattre. Mais nous pensons, dans une perspective féministe attentive à la question du care, que la vulnérabilité ouvre à un certain regard davantage réflexif, soucieux des conditions de la production des savoirs, de l’éthique et plus intéressé par les questions à poser que par les réponses à apporter… donc résolument critique ! Il s’agira pour chacun·e de partager une expérience bénéfique de la vulnérabilité. Et, si ce n’est pas le cas, si la vulnérabilité s’est avérée malheureuse, nous discuterons de sa portée collective qui trouve une part de sa résolution dans l’explicitation et le partage. L’objectif étant, à la fin de l’atelier, de poser les jalons d’une éthique de la vulnérabilité comme arme/outil méthodologique.

Séance 2 · Déni

12 janvier 2022 · 14h-17h

LEGS, Campus Condorcet (Paris), Bâtiment de recherche Nord (salle 1.003)

Invité : Richard Rechtman, anthropologue (EHESS, IRIS)

Dans sa conceptualisation du déni, Freud le fait porter sur la question de la réalité. Le déni est alors un mode de protection visant à échapper au réel pour en faire autre chose ; un réel plus acceptable pour les sujets. Dans nos travaux, nous sommes nombreuses et nombreux à nous être trouvé.e.s confronté.e.s à une situation de déni que nous vivions parfois aussi pour nous-même. Mais que dit ce déni de nos résistances ? Cette séance tournera autour du déni pour révéler les situations où il s’active, les aveuglements qu’il charrie et les refuges qu’il produit.

Séance 3 · Rejet de greffe

23 février 2022 · 9h-12h

Distanciel

Invitée : Léonore Le Caisne, anthropologue (CNRS, CEMS)

Qu’est-ce que le ‘terrain’ d’un·e ethnographe, sinon un espace social qu’il·elle se donne pour tâche de décrire (et de fabriquer en le décrivant) en y occupant, sans naïveté excessive, la place que ses enquêté·es veulent bien lui laisser ? Si la relation ethnographique est une condition de l’enquête de terrain, cela ne dit pourtant rien de sa nature ni de sa qualité. Que se passe-t-il quand ‘la’ relation est douloureuse, conflictuelle, passionnelle… ou, pire peut- être, qu’elle ne parvient pas à être ou à perdurer ? Si la greffe ne prend pas, quels genres de fruits l’enquêteur·trice sera-t-il·elle à même de récolter et/ou de produire ?

Séance 4 et 5 · Façons d’écrire et de ne pas écrire #1

23 mars 2021 · 9h30-12h30

LEGS, Campus Condorcet (Paris), Bâtiment de recherche Nord (salle 1.003)

• Matinée · 9h-12h · Faire avec

Dans la suite des ateliers de Porquerolles consacrés à la puissance des expériences de la vulnérabilité, cette première séance des écritures est une invitation au partage d’histoires et de bons tuyaux afin de déplacer la description, voire la perception, communes, d’un rapport solitaire à la page blanche vers celle d’un moment collectif : est-on vraiment seul·e quand on écrit ? Pour déjouer les pannes et inquiétudes propre à l’écriture académique, nous proposons lors de cette première matinée d’ouvrir un atelier collaboratif lors duquel nous pourrons soumettre ce qui nous contraint et faire circuler ce qui au contraire nous active (sous la forme de textes d’auteurices inspirantes, de techniques et tips animants, d’écoute de nos morceaux choisis, de lieux où apprendre et faire, etc.)

• Après-midi · 14h-17h · Écritures queer

Invitée : Émilie Notéris, travailleuse du texte

L’après-midi sera le moment de la réparation en compagnie d’Emilie Notéris qui partagera avec nous ses outils et ses manières d’écrire queer pour nous aider à passer à la pratique. L’atelier s’appuiera sur un corpus de textes féministes littéraires et théoriques évoquant la panne ou l’arrêt afin d’apprendre à écrire en réparant les séparations arbitraires hérissées entre théorie et fiction.

Séance 6 · En terrain familier, enquêter tout contre

27 avril 2022 · 9h-12h

CNE, Vieille Charité (Marseille)

Invitées : Christine Détrez (ENS) et Karine Bastide (Professeure d’histoire-géographie)

Les exemples ne manquent pas – en anthropologie et sociologie – de types d’expériences ethnographiques où l’ethnographe provient d’une façon ou d’une autre du milieu qu’il ou elle étudie, qu’il ou elle ait hérité de cet état de fait, choisisse d’enquêter en insider (incognito ou pas) ou se revendique d’une appartenance spécifique. La proximité au terrain ne dit pas plus la possibilité que l’impossibilité de l’enquête, mais mobilise nécessairement un certain rapport à soi. Nous proposons à Christine Détrez et Karine Bastide d’opérer un retour sur enquête(s). Elles nous parleront des enquêtes croisées et parallèles qu’elles ont menées sur leurs mères, dont l’un des aboutissements a été la publication en 2020 aux éditions de la Découverte de « Nos mères. Huguette, Christiane et tant d’autres, une histoire de l’émancipation féminine ».

Séance 7 · Au-delà de la graphosphère #2

1 juin 2022 · 9h-12h

CNE, Vieille Charité (Marseille), Campus EHESS Marseille (salle X)

La Fabrique des écritures, située dans les locaux de la Vieille Charité à Marseille, est un lieu de recherche dédié aux «nouvelles narrations en sciences sociales ». Sociologues, anthropologues, historien·nes, linguistes et professionnel·les de la culture y explorent dans un esprit collaboratif d’autres manières de faire et dire leurs recherches. Pour clôturer notre (premier) cycle d’ateliers sur le thème de l’écriture, nous avons invité des membres de La Fabrique à nous parler de la façon dont le passage à d’autres modes d’écriture a modifié leurs pratiques scientifiques.

Voir : https://lafabriquedesecritures.fr/

Contacts

Natacha Dugnat-Colomb · natachacollomb@yahoo.fr | Mélanie Gourarier · melanie.gourarier@yahoo.fr | Mylène Hernandez · hernandez.mylene@gmail.com

 



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