Genre menaçant / genre menacé II

Publié dans : Colloques et journées d'études

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Séminaire fermé international

lundi 15/01/2018
de 10h00 à 16h30

Université Paris8 Vincennes – Saint-Denis
2, rue de la Liberté
93526 SAINT-DENIS

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Après un premier colloque international qui s’est tenu à l’Université d’État de Rio de Janeiro les 30 et 31 octobre 2017, le LEGS (Laboratoire d’Études de Genre et de Sexualité, CNRS – Paris 8 – Paris Nanterre), le LIDIS (Laboratório Integrado em Diversidade Sexual e de Gênero, Políticas e Direitos) et le NIGS (Núcleo de Identidades de Gênero e Subjetividades) organisent ensemble un deuxième volet sur le même thème : un séminaire fermé international à l’Université Paris-8 Vincennes – Saint-Denis lundi 15 janvier 2018.

Langue principale : français ; interventions en espagnol, portugais ou anglais bienvenues.

Présentation

Depuis leur émergence dans le sillage du renouveau féministe au cours des années 1970, les études de genre ont été confrontées à une indifférence sociale empreinte de condescendance. Aujourd’hui, elles se heurtent davantage à une forme d’hostilité politique qui prend un tour virulent. C’est en 1995, à l’occasion de la conférence de l’ONU sur les femmes à Pékin, que le Vatican prend conscience de la menace que constitue le genre pour l’ordre sexuel traditionnel. L’épouvantail n’est plus seulement, voire plus tant le féminisme de la « guerre des sexes ». Le péril nouveau, ce serait désormais l’ébranlement de la différence des sexes, soit l’indifférenciation. En effet, le concept de genre apparaît comme une arme pour contester la place assignée aux femmes, jusque dans l’Église, mais aussi pour subvertir l’évidence de la norme hétérosexuelle, jusque dans le mariage. Au « trouble dans le genre » dont le féminisme serait à la fois le symptôme et le vecteur, l’Église catholique oppose depuis lors un ordre naturel des sexes mais aussi des sexualités.

Pareille offensive ne se limite pas au catholicisme : dans les années 2010, l’exemple français de la mobilisation contre le « mariage pour tous » mais aussi contre la (supposée) « théorie-du-genre » montre l’importance de coalitions religieuses (avec les autorités juives ou musulmanes) ; selon les pays, plutôt que les catholiques (comme en Pologne ou en Colombie), ce sont les évangéliques (comme au Brésil) ou les orthodoxes (comme en Russie) qui vont organiser le combat. Et si la religion joue un rôle décisif, tant la naturalisation de l’ordre sexuel y apparaît comme un refuge ultime contre l’extension de la logique démocratique qui sape son autorité transcendante, elle entraîne avec elle des forces laïques.

Sans doute le conservatisme sexuel, religieux ou pas, n’a-t-il rien de nouveau – dans aucun de ces pays : sans parler du sexisme ou de l’homophobie, l’antiféminisme a une longue histoire. Toutefois, l’émergence des minorités sexuelles sur la scène publique redouble la virulence politique à l’encontre de « l’idéologie du genre ». Cette conjoncture amène à en prendre conscience : le conservatisme moral est aujourd’hui proprement réactionnaire – autrement dit, il s’érige en réaction contre les progrès de la « démocratie sexuelle », en termes de liberté et d’égalité. C’est le succès du genre qui le rend menaçant ; et c’est en conséquence qu’il est menacé. Mais en retour, les attaques contribuent à la visibilité du genre, et donc à son succès social.

Deux traits supplémentaires caractérisent ce moment ambigu de notre actualité. Le premier, c’est l’internationalisation : non seulement on peut établir une cartographie de la contagion réactionnaire, mais le genre est aussi devenu un enjeu géopolitique, tant il est identifié par ses adversaires, de manière réductrice, à l’Occident ou aux pays du Nord. En Afrique, certains dirigeants, selon une rhétorique anti-impérialiste, rejettent ainsi, en même temps que la démocratie sexuelle, le genre, réputé étranger à la culture africaine.

Le deuxième, c’est l’articulation entre le concept universitaire et la bataille des mœurs qui se livre dans la société : le genre n’est pas seulement le prolongement théorique d’un mouvement social, le féminisme, redoublé par un autre, LGBTQI, dans toute sa diversité ; il en est aujourd’hui une composante politique en même temps qu’académique, comme en témoigne d’ailleurs son usage dans les instances internationales. La réaction contre la « théorie-du-genre » est donc d’autant plus significative qu’elle relie l’évolution juridique et morale aux mouvements sociaux ainsi qu’au développement des études de genre. Reste pour celles-ci, comme pour ceux-là, non seulement à penser ces mutations politiques, mais aussi à s’organiser en conséquence, soit à constituer, face à l’internationalisation de la réaction contre le genre menaçant, une internationale du genre menacé.

Organisation

Eric Fassin (Paris-8 / LEGS, France)
Miriam Pillar Grossi (UFSC / NIGS, Brésil)
Anna Uziel (UERJ / LIDIS, Brésil)

Intervenant.e.s

Beatriz Accioly Lins (USP, Brésil/ UCL, R.U.).
Jaime Barrientos (USACH, Chili)
Daniel Borrillo (Paris-Nanterre, France)
Michel Bozon (INED, France)
Heloisa Buarque de Almeida (USP, Brésil)
Anne-Cécile Caseau (LEGS, France)
Jérôme Courduriès (U. de Toulouse, France)
Marina Duarte (Paris-Diderot, France)
Claire Finch (LEGS, France)
Monica Fortuna Pontes (UERJ, Brésil)
Sara Garbagnoli (Paris-3, France)
Vinicius Kauê Ferreira (EHESS, France)
Sandra Laugier (Paris-1, France)
Cendrine Marro (Paris-Nanterre /LEGS, France)
Richard Miskolci (UFSCAR, Brésil)
Fernanda Moraes Azeredo (EHESS, France)
David Paternotte (ULB, Belgique)
Diego Paz (UNICAP, Brésil / LEGS, France)
Mario Pecheny (UBA, Argentine)
Larissa Pelucio (UNESP, Brésil)
Alejandra Peña Morales (LEGS, France)
Massimo Prearo (U. de Vérone, Italie)
Cristina Scheibe Wolff (UFSC, Brésil)
Marta Segarra (CNRS / LEGS, France)
Michael Stambolis (U. de Bordeaux, France)
Josselin Tricou (LEGS, France)

Document joint

Genre Menacant Genre Menace 2018
Taille : 472.2 kB Format : PDF