Conférence de Jennifer Boum Make, professeure associée à Georgetown University, le jeudi 1er avril 2021 de 18h30 à 20h30

Dans le cadre du séminaire du Collège International de Philososphie co-animé par Fabienne Brugère et Caroline Ibos

 

Voix de femmes, passé colonial et la possibilité du carevers une formulation de mémoires et de récits collectifs apaisés

Jennifer Boum Make, Georgetown University

 

La mémoire est une geôle. 

Là les temps sont abolis. 

Là, les morts et les vivants sont ensemble.

Là, les existences se réinventent à l’infini.

-Gisèle Pineau, Mes quatre femmes (2007)

 

Dans son ouvrage, Femmes des Antilles : traces et voix (1998), Gisèle Pineau nous replonge dans le moment initial de la déportation des femmes (parmi d’autres) depuis l’Afrique colonisée jusque la Caraïbe des plantations. Ces femmes, que Pineau surnomme tour à tour « femmes déchues », « femmes ventres », « femmes ogresses », ont vécu l’exil forcé, et dans la distribution coloniale des voix, les leurs ne sont bien souvent que murmures, voix étouffées sous l’effet de la double domination masculine et coloniale. Les réalités des femmes déportées, déjà profondément marquées par la rupture historique et mémorielle provoquée par la traite négrière et l’esclavage, sont donc bien souvent cachées, enfouies, constituant ainsi des non-dits dans les mémoires coloniales. 

L’hypothèse qui inspire cette communication consistera à interroger l’éthique du care comme le lieu (intégrant l’immatériel et le matériel) d’où l’accueil, l’écoute, et l’étude des mémoires (ici coloniales) peuvent prendre ancrage. En somme, nous nous attacherons à questionner la pertinence critique d’une association conceptuelle et pratique du concept du ‘care’, du ‘prendre soin’ et des mémoires (post-)coloniales pour rendre un espace d’existence aux actions et traces de ces passés féminins. Par cette association, nous nous proposons d’étudier la démarche de documentation historique, d’archivage, et de travail mémoriel à partir des voix de femmes déportées et colonisées, dont peut être dépositaire une éthique du « prendre soin ». Il s’agira ainsi de travailler à l’émergence d’une entreprise mémorielle solidaire et hospitalière portée par ‘l’éthique du care’, afin de faire coïncider le déverrouillage de la ‘mémoire enchainée’ dont parle Francoise Vergès et une (re)fonte d’une société du commun apaisée. 

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